S*Tassajara's Silver Sapporo, JW

 Dans la famille Tassajara’s, voici Sapporo. Son propriétaire, Marc Perterschmitt nous en parle…

Depuis mon entrée dans le monde du Norvégien, et plus particulièrement depuis mon implication dans la gestion de la glycogénose et l’identification de la mutation ambre, j’ai été régulièrement en contact avec Greta. Très vite, après avoir accueilli mon premier Norvégien, je suis devenu un fan inconditionnel d’Heraklion, qui pour moi représente à lui-seul l’essence du Norvégien. Accueillir un Tassajara’s était pour moi un peu comme atteindre le Graal, encore plus en entendant tous les éleveurs me dire que Greta Grönberg ne vendrait jamais en élevage hors Scandinavie.

J’ai eu la chance qu’elle accepte dès ma première demande.

Au tout départ, ce devait être une fille de Tassajara’s Dorada : après plusieurs idées de mariage, toutes aussi intéressantes les unes que les autres, Greta m’annonça que Dorada serait probablement stérilisée.

Quelques mois plus tard, quand elle me confirma que Savanna serait mariée à Mago, j’ai immédiatement mis une option pour une femelle … qui ne vint pas. Ce n’est qu’à 6 semaines d’âge, que je jetais mon dévolu sur Silver Sapporo dans cette portée de 5 mâles, Sapporo que j’ai eu la chance de recevoir malgré la demande d’une autre éleveuse.Prendre un mâle n’était pas prévu, mais au fond le cœur a ses raisons : Sapporo perturba beaucoup de choses, mais je n’ai jamais regretté mon choix. Même si je n’ai aujourd’hui plus aucune envie d’élever, j’ai la chance d’avoir un chat hors du commun à mes yeux, né chez Greta, et qui pour l’instant se conduit très bien entier.

Sapporo et ses frères

Q : Silver Sapporo a eu beaucoup de succès en parcours chaton. Continuerez-vous à le sortir ?

Marc Peterschmitt :. Oui, Sapporo a beaucoup plu chaton, entre autre pour son look, son profil ses oreilles, son triangle et son ossature. Sur ses 8 dernières sorties en chaton dans le Dreieck, il a systématiquement fait BIS, d’où son titre de JW et sa première place au top 10 auquel il n’a pas défendu ses chances compte tenu des conditions météorologiques déplorables de la dernière nationale. Greta m’a effectivement donné un superbe chaton : déjà en Suède sur plus de 100 Norvégiens présents, il avait été nominé à même pas 4 mois avant de nous accompagner en France.

Ce chat est tout simplement d’un caractère en or, et est un beau mélange de ses deux parents, même s’il ressemble beaucoup plus à sa maman. Ce n’est certes pas le look Tassajaras que j’affectionne tant, il est un peu plus long de tête notamment. Mais outre ses petites faiblesses techniques dont j’ai conscience, il représente mon idéal de Norvégien sur plusieurs points.

A 20 mois, après 3 saillies, il est resté très fin de tête, avec un corps puissant : je pense que c’est un chat qui nécessite un peu de temps pour son développement.

Il a participé à deux expositions en adulte, avec BIV et NOM à l’appui, mais ne peut pas prétendre en l’état à concurrencer des coons ou norvégiens beaucoup plus « mâles » dans leur apparence. Les expositions ne le stressent pas, je pense continuer à le sortir, peut-être un peu plus âgé et mâture, avec un peu plus de temps et de motivation surtout.

Sapporo chaton

Q. :Par quelles circonstances, êtes-vous entré en contact avec Greta Grönberg ?

Greta a eu cette chance de connaître Kløfterhagens Babuschka et d’accueillir chez elle deux de ses filles, Frøy Sparetta et Iris av Æsene, respectivement de pères différents, Niros Dunder et Pans Polaris (lui-même fils de Dunder). Si Frøy Sparetta a porté la mutation ambre et a contribué à répandre cette mutation, tout comme sa sœur, DeaDia, née du même mariage mais une année plus tôt et accueillie chez Sylla Erikers (chatterie Wildwood’s), sœur de Greta, nul ne peut savoir aujourd’hui avec certitude si Iris a elle-même porté l’ambre. Pourtant ces 3 chattes ont écrit une longue page de l’histoire des Norvégiens en Suède, qui ne peut se détacher de l’histoire de l’ambre d’ailleurs. C’est de cette histoire que mon cœur se souvient (et se souviendra) quand on parle d’ambre, de ses racines, du hasard qui a fait apparaître la couleur et du courage qu’il aura fallu pour continuer à élever avec ces chats malgré la grogne d’autres éleveurs qui ne cautionnaient pas « le phénomène ». Avoir le ressenti personnel de ces deux éleveuses, Sylla et Greta, qui ont connu et vécu cette époque et ces chats a été pour moi très important pour comprendre l’histoire, et peut-être aussi pour en tomber amoureux.

Q. : Que vous inspire le travail de fond réalisé par Greta Grönberg sur ces lignées ?

J’ai toujours eu quelques difficultés à comprendre les éleveurs anciens qui critiquaient les racines de l’ambre. S’il ne fait nul doute que la consanguinité pour fixer cette mutation à l’homozygotie a laissé et laisse toujours des traces délétères sur le standard de certains chats ambre, j’ai toujours trouvé chez les Tassajaras de l’époque un look et un type très norvégien, avec certains d’entre eux, que je qualifierai même d’avant-gardistes.

N’est-il pas incompréhensible de considérer que des petits-enfants et arrières petits-enfants de Babuschka via Iris notamment, mais également de Wildwood’s Imer, un des deux premiers Norvégiens ambre, ont fait trembler les podiums à des occasions aussi prestigieuses que les World Winner et les Scandinavian Winner show des années 2000, alors que nombreux éleveurs prônaient que Babuschka était issue d’un mariage illicite avec une autre race ?

 Tigris, Heraklion, Hydra, Mymla Tigrisdotter, Christa … une renommée exceptionnelle et fait marquant, un air de famille indéniable entre tout ces chats. Air de famille que l’on retrouve chez le WW12, Canadian, qui a fait renouer Greta avec les plus grands succès. Je suis ravi de voir que des chats au look d’antan, après avoir ramené de l’ossature, des triangles mieux dessinés et des profils plus droits sont encore capables de rivaliser avec des looks plus récents que je trouve personnellement moins Norvégiens.

Greta n’a jamais multiplié le nombre de reproductrices et de reproducteurs, elle a vendu peu en élevage, hors Scandinavie. Malgré cela, toujours avec la même ligne directrice et en gardant ses chattes fondatrices dans ses pedigrees actuels. C’est assez remarquable comme fait : réussir à faire du très beau avec tout au plus deux portées annuelles et ceci signe pour moi une très bonne connaissance de ses lignées, un œil averti sur le choix des saillies extérieures, tout en limitant la dissémination en élevage.

Que pensez-vous du fait plutôt controversé, à savoir que Canadian soit né d’un père porteur de GSD ?

Canadian représente pour moi beaucoup, déjà parce qu’il est issu de ces lignées que j’affectionne et qu’il en a hérité le look, mais aussi parce qu’il est né d’un père porteur de GSD, mais que lui-même est sain.

A l’époque, avant de réaliser ce mariage, Greta hésitait à choisir Fred de par son statut GSD et m’avait demandé ce que j’en pensais. Au risque de choquer ceux qui me liront, je lui avais alors répondu que je la soutiendrai entièrement dans ce choix. J’ai pleinement conscience que ma position a dérangé certains éleveurs, je comprends tout à fait que la GSD puisse remuer des souvenirs douloureux pour certains et je continue à penser par ailleurs qu’il vaut mieux ne pas utiliser à outrance des porteurs de GSD dans des schémas de sélection.

Pour autant, pour moi, le père de Canadian, Fred Perry, est un chat, pour l’avoir vu, exceptionnel par son ossature, ses nombreuses qualités techniques et son look et que dans de tel cas, il faut savoir prendre des risques pour essayer de sauvegarder ces qualités dans la descendance. Faire reproduire des chats « quelconques » et porteurs de GSD reste pour moi sans intérêt et possiblement dangereux selon les lignées.

Mais dans le cas d’un champion, dans la mesure où le métier d’éleveur est aussi de sélectionner, ce risque peut être pris, lorsque l’éleveur qui l’orchestre a une certaine expérience et connaissance de ses lignées. Le mariage doit alors être réalisé avec un partenaire sain, la descendance doit être intégralement dépistée et seuls les chatons non porteurs doivent pouvoir partir en élevage.Fred est aujourd’hui neutré et Canadian assurera entre autre sa succession.

Et pour l’avenir ?

Ces quelques années passées dans le monde du chat m’ont montré qu’il était spécialiste dans les désillusions humaines (rire).

Je n’ai, par mon rythme professionnel, plus vocation à faire de l’élevage, ni même l’envie. Toutefois, j’adore toujours autant le Norvégien et avoir pu accueillir un Tassajara’s chez moi fut un grand honneur et l’accomplissement d’un rêve. Entretenir des relations sur le long terme avec l’éleveuse encore plus. Greta restera dans mon cœur, au même titre que Christa (vom arlesbrunnen), et quelques vrais amis félins en France, trop rares, mais qui ont le mérite d’exister. Enfin, avoir pu poser une pierre dans l’histoire du Norvégien me permettra de regarder avec plus de distance les désillusions rencontrées.

Un de mes derniers rêves serait de repartir en Suède, en pèlerinage, sur le chemin de ces chats de Falun, repasser quelques jours avec Greta et Sylla, et voir enfin Heraklion en chair et en os. Peut-être me laisserai-je à nouveau tenter par une chatte suédoise, ou tout du moins issue de ces lignées. Pour mon plaisir personnel, avec peut-être quelques portées. Mais plus d’élevage pour l’instant, je préfère retrouver une vie plus calme, me protéger de nouvelles déceptions et pouvoir profiter de la chance d’avoir de beaux chats, qui ont marqué à leur façon mon passage dans le monde du Norvégien.